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La Vieille Dame Du Riad

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Extrait :

Presque enfantine, la voix de François, avec tout de même quelque chose
de sérieux dans le grain, comme en arrière-plan, comme une petite note
obstinée en continuo, quelque chose qui tient de l’obsession (déjà ?), du
défi ou de l’espoir, de l’espoir qui n’ose espérer…
Il insiste, planté devant sa femme :
— Hein ? Dis, si on s’achetait un riad à Marrakech ?
Cécile ne daigne même pas lever les yeux de son livre. Blottie dans son
vieux fauteuil de cuir râpé, elle fronce légèrement les sourcils pour indiquer
à François qu’elle n’est pas d’humeur… non, vraiment, elle n’est pas
d’humeur à participer à la conversation aussi rituelle que décousue
qu’inutile… (elle voit une sarabande d’adjectifs virevolter sur la page),
conversation qu’il a le don de commencer chaque soir, juste après le journal
télévisé de 20 heures, en attendant le film sur la 2 ou le documentaire
d’Arte… ou autre chose (« Pourquoi regardons-nous autant la télé ? »,
demandera-t-elle tout à l’heure, pour la centième, la millième fois…).
François le rêveur contrarié accro aux lucarnes…
La pause-réclame, pendant laquelle il coupait le son, l’air vaguement
dégoûté (« décervelage ! »), lui donnait souvent des envies de fiche le camp
(« comme disait mon père »), de s’en aller très loin; mais il ne faisait alors
qu’aller et venir dans le salon, agité, dévoré de faux tics qu’il s’inventait
pour les besoins de la cause, comme s’il fallait au moins un autre continent
pour les faire disparaître, déployant son mètre quatre-vingt-dix au risque de
décrocher le lustre (ou la lune, disait Cécile — encore une plaisanterie
rituelle…) ; puis il s’arrêtait et regardait dans le vide, dans le vague, et
faisait à haute voix des projets faramineux. C’était parfois la Thaïlande,
Tuva, la pampa, le grand outback australien…

Format : pdf

Taille : 3 MB

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Langue : français

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